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Raymond Aubrac

© Collection Aubrac, Mémorial Leclerc / Musée Jean Moulin Ville de Paris

Raymond Aubrac

Co-fondateur du mouvement LIBERATION SUD

Raymond Samuel, né le 31 juillet 1914, à Vesoul (Haute-Saône), dans une famille de commerçants aisés, prend, à la libération le nom d’Aubrac, un de ses pseudonymes dans la clandestinité.

Après ses études au lycée de Dijon, il entre à l’école des Ponts et Chaussées, en 1934, et s’inscrit à la faculté de droit de Paris. Il sort ingénieur civil en 1937, puis obtient sa licence en droit.

En août 1937, une bourse d’études lui permet de passer une année au Massachusetts Institut of Technology (MIT) et à l’université de Harvard, aux États-Unis.

Officier du génie — sous-lieutenant — en 1939-1940, il est sur la ligne Maginot et, à Strasbourg, rencontre Lucie Bernard qu’il épouse le 14 décembre 1939.

  • MAI-JUIN 1940 : INVASION ALLEMANDE

Le 21 juin 1940, Raymond Aubrac est fait prisonnier. Avec l’aide de sa femme, il réussit à s’échapper et le jeune couple s’installe à Lyon, en zone non occupée.

Tout en étant ingénieur dans une entreprise de Travaux publics, il co-fonde le mouvement Libération-Sud, place des journaux, les transporte de ville en ville, et organise un secteur paramilitaire qu’il va diriger.
À l’automne 1942, il est affecté à l’état-major du général Delestraint, chef de l’Armée Secrète.

  • Le 15 mars 1943, il est arrêté par la police de Vichy, avec d’autres responsables de l’A.S. : Serge Ravanel, Kriegel « Valrimont », Morin « Forestier », puis libéré le 10 mai, suite à une audacieuse pression de Lucie qui menace le procureur d’une vengeance de la Résistance — préparée par un message de la BBC à Londres.
  • Le 24 mai 1943, avec Lucie, il participe à un coup de main des groupes-francs armés, déguisés en « gestapistes », à l’hôpital de l’Antiquaille, pour libérer Serge Ravanel, Kriegel « Valrimont » et Morin « Forestier », qui y ont été transférés. Opération réussie.
  • Le 20 juin 1943, au parc de la Tête d’Or, près du théâtre Guignol, Raymond Aubrac s’entretient avec Jean Moulin qui le convoque à la réunion du lendemain, à Caluire, lui proposant de devenir inspecteur de l’Armée Secrète pour la zone Nord.
  • Le 21 juin 1943, Aubrac est arrêté avec Jean Moulin « Max », dans la salle d’attente du docteur Dugoujon.
    Interrogé par Klaus Barbie, au siège de la Gestapo, avenue Berthelot, il passe plusieurs mois dans la cellule 135 de la prison Montluc.
  • Le 21 octobre 1943, il est libéré, suite à une opération des groupes-francs de Libération, dirigée par Lucie Aubrac. Douze agents, répartis dans trois voitures Citroën et un fourgon Renault, attaquent le camion cellulaire de la Gestapo, transportant quatorze détenus dont Raymond Aubrac, sur le boulevard des Hirondelles (aujourd’hui boulevard des Tchécoslovaques), en direction de la prison Montluc.
  • Il saute du camion, mais une balle l’atteint à la joue et ressort sous l’oreille droite. La blessure, bien soignée, cicatrise en quelques jours.
  • Puis, c’est l’attente d’un avion pour Londres : Raymond, Lucie et leur fils Jean-Pierre (Boubou, né en mai 1941) vont de refuge en refuge, dans l’Ain, et dans le Jura, chez « ces bonnes dames du château1 » , les trois sœurs Bergerot à Villevieux, où ils passèrent Noël.

Partis du terrain d’atterrissage clandestin Orion, dans un petit avion Hudson, ils rejoignent Londres, le 8 février 1944.

  • Raymond Aubrac est envoyé à Alger, pour siéger à l’Assemblée consultative provisoire, puis, au début d’août 1944, le général de Gaulle le nomme « commissaire régional de la République pour la Provence ».
  • Il débarque le 18 août, à Saint-Tropez, et va s’employer à rétablir la légalité républicaine dans les six départements de la région : créer des tribunaux, s’occuper du ravitaillement, remettre en marche le port de Marseille et les entreprises, nommer des préfets, remettre de l’ordre, avec la plus grande humanité, notamment dans le camp des travailleurs indochinois (venus en 1939 remplacer des ouvriers français mobilisés), livré par ses responsables au marché noir, aux jeux et à la prostitution.
    Raymond Aubrac essaie de résoudre au mieux les problèmes.

La réquisition de quinze entreprises, qu’il décide entre le 10 septembre et le 5 octobre 1944, appuyé par la CGT et le parti Communiste, lui vaut des inimitiés politiques locales et une réputation de « compagnon de route » du PCF. Il est destitué de ses fonctions en janvier 1945.

  • APRES LA GUERRE

Au ministère de la Reconstruction de 1945 à 1948, il organise et dirige le déminage de la France.
Mais un événement va, en 1946, influencer sa vie.
Le président Hô Chi Minh est invité à venir, à Paris, discuter du sort du Viêt-Nam et de l’Indochine. Convié, le 27 juillet, à une réception vietnamienne, dans la roseraie de Bagatelle, Raymond Aubrac est présenté à Hô Chi Minh.
Celui-ci le remercie pour son action très positive à l’égard de ses compatriotes vietnamiens, à Marseille, en 1944, et ils s’en vont bavardant dans les allées de Bagatelle… sur Paris, les souvenirs d’Hô Chi Minh sur le quartier latin… sur son installation… que le président déplore ! dans un palace de l’Étoile, l’hôtel Royal Monceau, mais sans jardin …
Hô Chi Minh, gentiment, s’invite à prendre le thé dans le jardin de Lucie, à Soisy-sur-Montmorency.
Après un thé vert — qu’il apprécie peu — il visite la maison de trois étages… Or, le deuxième étage, avec quatre pièces, est vide ! « Je serais bien mieux ici que dans mon palace du Royal Montceau. »
Par courtoisie, par curiosité et sympathie, Raymond Aubrac devint l’hôte du président Hô Chi Minh, pendant la conférence de Fontainebleau, d’autant qu’il était considéré comme sympathisant actif, « compagnon de route » du parti Communiste.
De très forts liens d’amitié vont se nouer entre eux, avec l’espoir de la création d’une Union française.

De 1948 à 1958, Aubrac crée et dirige, avec des amis communistes ou progressistes, un bureau d’études et de recherches pour l’industrie moderne (BERIM).
En cette période de reconstruction, de travaux publics, de projets, de réseaux d’eau, d’égoûts, BERIM intervient dans la région parisienne, dans les communes sinistrées de Normandie et de Bretagne ; sa spécificité est cependant de fournir des prestations dans les nouvelles démocraties populaires : Pologne et Tchécoslovaquie.

Dans ce pays, à Prague, il retrouve des combattants de la Résistance — de la MOI2 — Arthur London et sa femme qui vont subir, en 1951, les purges staliniennes — découverte des horreurs de la police de Staline qui, d’après son témoignage, ébranle fortement Raymond Aubrac.

Il effectue aussi une mission avec « BERIM» en Chine, et rencontre le Premier ministre Chou En Lai, en 1953.

  • EXPERIENCE DE COOPÉRATION AU MAROC

Appelé par le gouvernement du Maroc, en 1958, il organise un Office national des Irrigations, et prend, ainsi, une place dans la bataille du « développement » défi de l’époque, en tant que conseiller.

Charge lourde ! Faire l’inventaire des ressources hydrauliques, coordonner, unifier et structurer, s’adapter aux réalités des sols, du climat et au milieu socioculturel paysan, établir des programmes, en surveiller l’exécution, … et favoriser la prise de responsabilité par les cadres et techniciens marocains.
Une réussite pour la production de sucre de betterave — culture ignorée des paysans qu’il faut convaincre et culture mal vue des sociétés de raffinage qui défendent leurs intérêts.
L’appel d’offres pour la construction d’un complexe industriel sucrier est gagné par une société polonaise, en mars 1962. Le programme de motivation des fellahs est mené à bien par affiches, dessins, film et, surtout, contact personnel sur le terrain, dans les douars.

  • AUX NATIONS UNIES : à la FAO,

puis consultant auprès du Secrétaire général Kurt Waldheim

L’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), attentive aux réalisations de coopération et à cette expérience marocaine, offre, en 1963, un poste à Raymond Aubrac, à Rome.
À partir de 1967, en pleine guerre américaine au Viêt-Nam, il est appelé à intervenir dans des discussions entre délégués soviétiques, anglais, français et américains dont Henry Kissinger, pour transmettre des messages à Hô Chi Minh et rapporter la position du Viêt-Nam. Puis, ce rôle d’intermédiaire privilégié se poursuit pendant la conférence de la paix à Paris.

Impliqué, il s’intéresse aussi au « projet Mékong », à la régularisation du fleuve et à son énorme potentiel énergétique et agricole, et s’offusque, protestant énergiquement avec le géographe Yves Lacoste, contre le bombardement, en 1972, des digues du fleuve Rouge, par les B-52, menaçant la plaine du Tonkin et ses millions de paysans.

Enfin, en 1975, représentant personnel du Secrétaire général des Nations Unies Kurt Waldheim, Raymond Aubrac est chargé de préparer une action internationale d’aide aux populations du Viêt-Nam qui sera réunifié après la victoire du 30 avril 1975.

Après 1978, il consacre son activité à des travaux de coopération internationale dans le cadre de l’UNESCO : recherche et mise à disposition d’information et de documentation scientifique et technique destinées à former des spécialistes nationaux.

En 1996, il publie ses souvenirs : Où la mémoire s’attarde. Editions Odile Jacob. Paris.

1 Jean Moulin fit, lui aussi, un séjour au château de Bergerot, dans le Jura, avant de s’envoler pour Londres, en 1943.
2 MOI : Main d’Œuvre Immigrée.

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