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Docteur Frédéric Dugoujon

© Frédéric Dugoujon

Frédéric Dugoujon

Un oublié de la Résistance

Frédéric Dugoujon est né le 30 juin 1913 à Champagne au Mont d’Or (Rhône).

Orphelin de mère à 7 ans, son père, négociant, le met au pensionnat des Maristes, à Saint-Chamond. Puis, il achève ses études secondaires au lycée Ampère de Lyon, obtenant le baccalauréat.
Atteint de tuberculose en 1936, il interrompt ses études de médecine pour un long séjour dans le sanatorium de Saint-Hilaire-du-Touvet qu’il quitte, en 1938, pour présenter sa thèse.
Docteur en médecine en juin 1938, il cherche à s’installer.

Une triste opportunité joue en sa faveur, à Caluire. Un des trois médecins, le docteur Durand, la veille de Noël 1938, est écrasé par une voiture conduite par un nommé.. « Ducimetière », rue de l’Hôtel de ville, à Lyon. Frédéric Dugoujon s’établit, le 9 janvier 1939, impasse des Verchères, tout près de la maison du drame où il s’installe, place Castellane, au début de 1941, à 27 ans.

  • LA GUERRE : JUIN 1940, LES ALLEMANDS SONT AUX PORTES DE LYON.
  • 19 juin 1940 : La Wehrmacht, précédée d’une colonne motorisée entre dans Caluire, quartier du Vernay, essuyant quelques tirs en haut de la montée Castellane.
    Les nazis, furieux, exigent d’être accompagnés.
    Le maire, François Peissel, ceint de l’écharpe tricolore et le docteur Dugoujon s’entremettent, et se proposent comme « otages » pour ouvrir la route au convoi jusqu’au stade Henri Cochet où un officier français doit les accueillir à Lyon « ville ouverte ».
    Lyon est occupé du 19 juin au 7 juillet 1940.
  • 11 novembre 1942 : deuxième occupation de Lyon
  • Le médecin participe à la lutte, à sa manière, en signant des certificats médicaux de complaisance aux jeunes requis du Service du Travail Obligatoire en Allemagne…

21 JUIN 1943 : C’EST LE DRAME DANS SA MAISON, mise à la disposition de son ami André Lassagne pour une réunion Jean Moulin « Max », délégué personnel du général de Gaulle, chef de la résistance, est arrêté là, avec André Lassagne, l’organisateur, et tout l’état-major de l’Armée Secrète présents à ce « rendez-vous de Caluire ».
L’objectif de cette réunion était de prendre des mesures transitoires concernant la direction de l’Armée Secrète (AS), suite à l’arrestation de son chef le général Delestraint « Vidal », le 9 juin, à Paris.

  • SEJOUR A LA PRISON MONTLUC : CELLULE N°129

Emmené menotté au siège de la Gestapo, avenue Berthelot, le médecin passe la nuit à la prison Montluc. Souvent aux aguets derrière le judas de la porte, il voit, le 23 au soir, revenir Jean Moulin blessé, pansé, traîné par deux gardiens, presque inconscient… donc découvert.
Frédéric Dugoujon est transféré le 26 juin par train, à la prison de Fresnes, pour être jugé par le tribunal allemand du Gross Paris.

  • A LA PRISON DE FRESNES, DU 26 JUIN 1943 AU 17 JANVIER 1944.

Les conditions d’hygiène et de nourriture sont dures. Le docteur est très affaibli par ses antécédents pulmonaires. Il parvient à se faire examiner par le professeur Richer, éminent médecin résistant, très respecté à Fresnes, qui s’inquiète de son état de santé, suite à la tuberculose de 1936-1937 : des soins appropriés sont indispensables, dit-il, notamment réinsuffler un pneumothorax par de l’air dans la plèvre des poumons.
De son côté, André Lassagne s’évertue, en toute occasion, à défendre son ami Dugoujon, en le dégageant de toute responsabilité dans l’organisation de la réunion de Caluire.

La prison de Fresnes en 1942.

La prison de Fresnes en 1942.

Le juge allemand Roskothen, « un homme digne » dira André Lassagne, fait libérer le docteur le 17 janvier 1944, en même temps qu’Albert Lacaze.

  • Après des soins, en septembre 1944, le docteur Dugoujon retrouve Caluire et sa maison pillée.
    De nombreux habitants, se réjouissant du retour de leur médecin de famille, au diagnostic sûr, lui viennent en aide, apportent du mobilier et de la vaisselle pour redémarrer.

Avare en médicaments inutiles, peu commode de caractère, souvent caustique, rabrouant les malades imaginaires qui s’écoutent trop, en revanche, attentif aux plus démunis de ses patients, le médecin, très sollicité, va s’ouvrir à la vie publique.

  • LE 5 OCTOBRE 1944, FREDERIC DUGOUJON EST NOMME AU CONSEIL MUNICIPAL DE CALUIRE.

Il est élu lors des élections de mai 1945. Très absorbé par sa profession, il n’accepte le poste de premier adjoint qu’en 1953, et il est élu Maire à la mort d’Élie Vignal, en 1965… jusqu’en 1983.
Parallèlement à cette carrière municipale, il est élu Conseiller général du département du Rhône, en octobre 1945, où il siège pendant quarante-neuf ans, mais ne reste député que de 1973 à 1981.

Proche de ses concitoyens, il sait aménager leur cadre de vie en préservant la vie des quartiers par des structures nouvelles, des espaces verts et des jardins.

Citons deux exemples : la création remarquable du site de Montessuy, conjuguant la mixité du logement avec les réalisations commerciales, sportives et de détente, et la réhabilitation du quartier de Saint-Clair, porte ouverte sur Lyon par le quai du Rhône.

Le maire, perspicace, sait saisir les opportunités pour l’avenir. C’est ainsi que, s’opposant à une banque, il achète, en 1973, la propriété des Frères des écoles chrétiennes, implantée au centre de la ville (77 000 m2), qui deviendra un des plus beaux hôtels de ville de France, avec un centre administratif : bibliothèque et commissariat de police.

Adaptation, évolution et prospérité économique et sociale sous-tendent son souci d’aménager une zone industrielle, créatrice d’emplois, et de services au bénéfice des salariés. De plus, deux
collèges et un lycée professionnel, avec pôle sportif, sont créés, sans oublier les maisons d’accueil et foyers-restaurants pour personnes âgées, construits, en 1975, comme la résidence Marie Lyan, avec l’aide de l’OPAC (Office Public d’Aménagement et de Construction du département du Rhône).

EN TANT QUE CONSEILLER GENERAL, le docteur Dugoujon s’est attaché à deux services clés : l’OPAC et le SYTRAL (Syndicat des Transports de l’Agglomération Lyonnaise), par la création de la ligne du bus 41, l’unification tarifaire en 1965, la desserte de Caluire par la ligne C du métro et par l’aménagement de la voirie : la montée de la Boucle, débouché du pont Winston Churchill.
Que de discussions, de patience, d’astuces, de brouilles et de diplomatie ! Il a fallu « laisser du temps au temps », pour que cette artère majeure désenclave le promontoire Croix-Rousse-Caluire, en 1982.
Une persévérance tenace, inflexible, des échanges courtois, parfois âpres sur le plan financier, permettent au docteur, dans le cadre communautaire, d’inaugurer ces ouvrages en 1982 et 1984.

  • UN BILAN CONSIDERABLE

Le docteur Dugoujon incarne, pour l’Histoire, « les oubliés de la Résistance », au rôle modeste sans l’aide de qui la Résistance n’aurait pu survivre.
Pour Caluire, sa ville qu’il a aimée avec passion, dévoué à la cause publique, aux autres, en toute rigueur morale, il avait une énergie insatiable, patiente, anticipatrice, pour construire des lendemains meilleurs.
Tenir bon jusqu’au bout, affronter les difficultés avec courtoisie mais obstination, avec conviction et humour !

Le docteur Frédéric Dugoujon est décédé le 5 août 2004.

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