Augmenter la taille du texte de la page Diminuer la taille du texte de la page

Portraits

Voir les portraits de gauche
Voir les portraits de droite
Colonel Emile Schwarzfeld

© Mémorial Leclerc / Musée Jean Moulin Ville de Paris

Colonel Emile Schwarzfeld

Membre du mouvement FRANCE D'ABORD

Émile Schwarzfeld est né le 5 décembre 1885, à Paris.
Licencié en sciences mathématiques, il est diplômé de l’École Supérieure d’Électricité.
Parti sous-lieutenant d’infanterie en 1914, il est blessé deux fois et gazé en août 1917. Il accède au grade de capitaine, puis est décoré de l’Ordre National de la Légion d’Honneur à titre militaire.
Ingénieur, il est promu directeur technique des Établissements Thomson-Houston.

Lieutenant-colonel en 1939, il commande le troisième bureau à l’état-major de la Cinquième armée, et rencontre de Gaulle.
Prisonnier le 25 juin 1940, il est interné en Allemagne jusqu’au 11 août 1941. Libéré, il rallie la résistance.

  • PREMIERS CONTACTS AVEC UNE ORGANISATION DE PATRIOTES DIRIGEE PAR GEORGES COTTON, A LYON, EN 1942.

Émile Schwarzfeld prend des responsabilités et donne un nouveau souffle à l’organisation.
Il développe, structure, et organise pour dégager une spécificité à ce groupe.
En toute collégialité avec le fondateur Georges Cotton, Schwarzfeld décide d’appeler ce mouvement « FRANCE D’ABORD » qu’il va diriger en juillet 1942.

« FRANCE D’ABORD » travaille de manière originale, dans quatre directions :
- presse-propagande,
- renseignements très spécifiques,
- service technique,
- service juridique.

  • Des tracts, articles, journaux transmettent les consignes données par la France Libre. Parmi les journaux : premier numéro, le 5 janvier 1943, du Journal de Minuit, il transcrit les écoutes des radios anglaises, allemandes, russes, italiennes, est tiré en cinq exemplaires et il est adressé aux responsables de l’AS, aux chefs des trois mouvements de la zone Sud et à Jean Moulin. Puis, il s’enrichit et augmente ses tirages.
    En octobre 1943, un journal humoristique Le Gaullois, jusqu’à 20 000 exemplaires ; puis, en décembre Le Pilori qui envoie des avertissements aux collaborationnistes : véritables actes d’accusation.
  • Le service de renseignement Dupleix, militaire et industriel, mais aussi politique et policier, qui avertit les mouvements.
  • Un bureau technique qui fournit des plans, des dessins, des photos, des microfilms, …
  • Le "Tribunal de guerre" dont le projet est lancé en juillet 1942.
    Émile Schwarzfeld et Georges Cotton, avec le service juridique, souhaitent lutter contre les sympathisants du régime de Vichy et les collaborateurs, en les intimidant et en les inquiétant. Le bureau de presse-propagande envoie des avertissements, … cible les propriétaires de lieux publics qui exposent des journaux collaborationnistes ou allemands, les commerces et firmes industrielles qui passent des annonces publicitaires, dans ceux-ci, … pour délits antipatriotes.
    Si « les avertis » persistent, ils seront inscrits dans un fichier et leur dossier sera transmis pour jugement, à la Libération, par « le Tribunal de guerre » de la France combattante.
    Des rapports (juillet et novembre 1942), présentant le projet, sont envoyés à Londres, pour obtenir l’aval du général de Gaulle, lequel est donné en février 1943.
    En accord avec le comité de Londres, Max (Jean Moulin) prend en charge le contrôle de l’exécution du projet de tribunal de guerre dans le Rhône.
    (Le 3 mars 1944, le ministre de la Justice, à Alger, de Menthon, écrira à Georges Cotton, cofondateur avec Émile Schwarzfeld de « France d’Abord » : « Votre travail est très utile, je vous demande de continuer dans les mêmes conditions »1 ).

« France D’abord » travaille dans le cadre des Mouvements Unis de Résistance (MUR), tout en maintenant une certaine autonomie, gardant ainsi son identité3, et reçoit une aide financière de Max. Il s’implique aussi très fortement dans l’aide financière et logistique au maquis, dans le Rhône et la Loire2.

À partir du printemps 1943, le colonel Schwarzfeld fait partie de l’état-major du général Delestraint, chef de l’Armée Secrète.

  • 21 JUIN 1943 : ARRESTATION – MONTLUC – FRESNES
    CAMPS DE CONCENTRATION : STRUTHOF-NATZWEILER

Le colonel Schwarzfeld est arrêté à Caluire, aux côtés de Jean Moulin et de Raymond Aubrac, dans la salle d’attente du cabinet du docteur Dugoujon, le 21 juin 1943.
Interrogé sommairement à Lyon, puis avenue Foch, à Paris, il affirme « être venu en consultation et n’être au courant de rien »3. De même, à Fresnes, en novembre 1943, devant le juge allemand. « Il n’eut jamais à subir de brutalités. »4.

Avant d'être déporté, en février 1944, Schwarzfeld retrouve, dans la même cellule de Fresnes, le général Delestraint et André Lassagne : « quelques jours dans le calme, dans une admirable camaraderie d’idées et de ferveur patriotique, […] sur la libération et la renaissance française »5.

  • Le 9 mars 1944 : départ pour le camp de Struthof-Natzweiler — catégorie NN (Nacht und Nebel) (Nuit et Brouillard) —, dans « l’enfer des Vosges », à 850 m d’altitude.
    « À flanc de montagne, exposé à toutes les intempéries, brouillard glacé, vents furieux, blizzard, neige persistante. »6.
    Le colonel et André Lassagne sont « embarqués » par train, en direction de Trèves, à Bruttig, où un travail de forçat leur est imposé.
    « … dans un tunnel inachevé, de l’eau jusqu’au mollet, conditions hygiéniques atroces, mortalité effrayante. Le colonel souffrait alors d’une forte bronchite, et la rudesse des travaux qu’on exigeait de nous l’avait terriblement fatigué. L’effectif ayant fondu, nous fûmes ramenés à Natzweiler, le jour de Pâques : 1er avril 1944. »7.

Grâce à un détenu allemand, chef des travaux, le colonel échappe au supplice de la carrière, et reprend des forces dans le jardinage du camp.
Mais, piqué au doigt par un insecte, l’infection se propage au bras. Dans un état de faiblesse, l’abcès évolue. Lassagne s’arrange pour faire installer, à l’infirmerie, à côté de Schwarzfeld, son ami Delestraint, qui l’aidera moralement. Un camarade médecin, par trois petites opérations, ne réussit pas à arrêter la suppuration ; son état se complique d’un oedème de carence (Hunger).

La faiblesse cardiaque s’aggrave et le colonel s’éteint le 3 ou 4 juin 19448.
Ses derniers mots à André Lassagne : « Ça va mal… mais c’est pour la France »9.

André Lassagne le rappellera à son retour :
« Des 65 détenus qui composaient le convoi arrivé à Natzweiler, le 9 mars 1944, 2 seulement survivent, le commandant Gastaldo et moi-même, servis par une série de chances miraculeuses »10.
1Archives privées de Georges Cotton (APC), Historique de France d’Abord (HFD), APC-HFD, vol. 2.
2Lettre de Georges Cotton (fils) à Gisèle Pham, Lyon, 4 avril 2002.
3Printemps 1944 : effectif de 230 hommes répartis dans sept camps. Ce maquis prend le nom de Commando France d’Abord, lorsqu’il rentre à Lyon, pour la libération de la ville. (APC-HFD, vol. 2).
4 - 5 - 6 Lettre d’André Lassagne à Georges Cotton, Les Presles, 30 juillet 1945, APC-HFD.
7 - 8 - 9 - 10 - 11 Lettre d’André Lassagne à Georges Cotton, Les Presles, 30 juillet 1945, APC-HFD.

> Retour en haut de la page