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© Mémorial Leclerc / Musée Jean Moulin Ville de Paris
Bruno Larat
Chef du Centre d'Opération de Parachutage et d'Atterrissage
Bruno Larat est né le 2 mai 1916, à Villeurbanne. Son père, officier de cavalerie, combattant de la guerre 1914-1918, inculque à ses enfants, « l’amour de la France » :
« Quand son pays est en danger, c’est un honneur de se battre pour lui ».
Bruno passe son enfance près de Romans, dans la Drôme, au quartier des Jabelins. Puis, la famille s’installe à Lyon, en 1936, et Bruno s’inscrit à la faculté de Droit.
L’été 1937, il passe deux mois à Bristol, en Angleterre, chez la famille Scarle, et se lie d’amitié avec la jeune Coralie Scarle qui lui écrira, le 19 juin 1940 : « Will ou remember, Bruno… N’oubliez pas, Bruno, que quoiqu’il arrive dans l’avenir, vous serez toujours le bienvenu, quels que soient le moment et les circonstances ».
- Licencié en droit, en 1938, il est avocat stagiaire et prête serment devant la cour d’appel de Lyon, le 8 décembre.
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1939 est l’année de préparation militaire supérieure, où il précise son souhait le plus ardent « d’être aviateur ».
Affecté à Montauban, puis à l’école de l’Air de Bordeaux-Mérignac, le 25 novembre, il effectue ses premières heures de vol. -
Avril 1940, il est aspirant de l’armée de l’Air.
En stage à l’école de Cazaux (base aérienne de Gironde) le 11 juin 1940, dans l’incertitude de l’avenir, il part en falsifiant son ordre de mission et arrive à Tarbes, le 21 juin. - Le 22 juin 1940, apprenant la signature de l’Armistice, il gagne Saint-Jean-de-Luz et, le 24 juin 1940, embarque sur l’Arandora Star, navire polonais qui met le cap sur les côtes anglaises : Liverpool.
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Le 2 juillet 1940, l’aspirant Larat est dirigé sur le camp de Saint-Atham (près de Cardiff), visité par le général de Gaulle, le 8 juillet, qui leur recommande de ne pas s’engager dans la Royal Air Force (RAF) : « deux cents aviateurs sous l’uniforme français devant être plus utiles au jour de la victoire que deux mille le seraient sous l’uniforme anglais ».
Le 1er novembre, il est affecté à la Free French Training School d’Odiham.
Mais, début 1941, malade, il ne reprend l’entraînement qu’en avril et, le 12 mai, séjourne encore au RAF Officier’s Hospital de Torquay.
OCTOBRE 1941 : LES FORCES AERIENNES FRANÇAISES LIBRES.
- Le 9 juin 1941, rayé du personnel naviguant pour cause de santé, il devient instructeur au Centre des Forces Aériennes Françaises Libres (FAFL), de Camberley, et doit abandonner son rêve d’être « pilote de chasse ».
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En octobre 1941, il rejoint l’état-major du général de Gaulle, s’engageant dans la section ACTION des services spéciaux de la France Libre (le futur Bureau Central de Renseignement et d’Action — BCRA — qui regroupe trois catégories de jeunes officiers et sous-officiers :
— Les organisateurs,
— Les saboteurs,
— Les opérateurs radio qui seront formés par les centres SOE (Spécial Operations Executive) anglais.
Il rencontre Jean Moulin et s’occupe des détails matériels de son parachutage en France, dans les Alpilles, au cours de la nuit du 1er janvier 19421. Son nom de code est LUC, celui de Jean Moulin est REX.
- AVRIL 1942 : IL EST RESPONSABLE, A LONDRES, DU BUREAU COORDONNATEUR DES OPERATIONS DE PARACHUTAGE ET ATTERRISSAGE2.
Ces missions sont d’autant plus efficaces qu’en France s’est créé le SOAM (Service des Opérations Aériennes et Maritimes), service technique acheminant, entre la France et Londres, des hommes, des fonds, des armes, du matériel, sous l’autorité directe de Jean Moulin.
Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Français libre, secrétaire du comité de propagande de la France Libre a beaucoup vu Bruno Larat à Londres. Devenu historien, il témoigne (« Comment ai-je connu Bruno ? ») : « Peut-être était-ce par lui que je passais pour qu’il assure l’envoi, en France, des courriers documentaires mensuels dont Jean Moulin et Pineau avaient demandé l’envoi. Quoi qu’il en soit, nous avons sympathisé, nous nous sommes liés, au point que nous déjeunions presque chaque jeudi ensemble, en compagnie de Fred Scamaroni (qui allait être, en 1943, le héros et le martyr de la libération de la Corse), au club londonien de la Marine et de l’Air des F.F.L. Bruno, toujours en uniforme d’aviateur, était beau et gai, avec un air de fierté qui ne l’empêchait pas d’être très simple ».
Parallèlement à cette tâche de coordination, Bruno Larat continue ses entraînements en vue d’une prochaine mission en France, du 7 au 13 mars 1943, sur avion Lysander et sous les ordres d’un lieutenant de la RAF.
- AVRIL 1943 : LE SOAM, REORGANISE, PREND LE NOM DE COPA. LE CAPITAINE BRUNO LARAT, ENVOYE EN ZONE SUD, DEVIENT CHEF DU COPA (Centre d’Opérations de Parachutages et d’Atterrissages).

Parachuté près de Roanne, sur le terrain « Poire », il visite les terrains d’atterrissage et organise son bureau à Lyon : contacts avec les équipes de résistants sur les lieux choisis, soin de la sécurité des personnalités, conduites à Londres ou de retour en France, convoyées par lui-même.
Dans la nuit du 13 au 14 avril 1943, deux chefs de mouvement de la zone Sud, E. d’Astier de la Vigérie (Libération-Sud) et Jean-Pierre Lévy (Franc-Tireur), embarquent sur le terrain « Marguerite », dans un lysander piloté par le commandant anglais Verity, à destination de Londres.
Deux autres opérations ont lieu dans la nuit du 15 au 16 avril, sur le terrain « Junot » (Ain), et du 19 au 20 mai sur le terrain « Orion » dans le Jura, à partir des avions bi-moteur Hudson. Chacune des opérations était annoncée par un message de la BBC à décoder : « la maman de Léontine a fêté ses 28 ans » pour Max (Jean Moulin) et Vidal (Delestraint) partis à Londres, du terrain « Léontine » en février 1943 indiquant qu’ils étaient bien arrivés.
- 21 JUIN 1943 : L’ARRESTATION A CALUIRE
Bruno Larat arrive au cabinet du docteur Dugoujon, avec un léger retard. Marguerite le dirige sur
la salle d’attente mais le médecin l’oriente, par l’escalier, en direction de l’étage « pour la réunion
spéciale ».
Vers 14h40, irruption de la Gestapo, commandée par Klaus Barbie.
À l’étage, les interrogatoires commencent… Les coups de matraque pleuvent…
« J’ai assisté à une scène de sauvagerie immonde dont les victimes ont été Aubry, Xavier (Bruno Larat), Lassagne » déclare le colonel Lacaze, au procès de Hardy, le 21 janvier 1947.
Emmenés dans les voitures Citroën, au siège de la Gestapo, avenue Berthelot, ils sont ensuite dirigés sur la prison Montluc : le registre d’écrou mentionne Bruno Larat sous le nom de Parisot
Laurent Pierre (cellule 136).
Barbie veut en savoir plus sur les opérations de parachutage : « Nous avions besoin de l’interroger pour l’exploitation des documents et du matériel saisis au bureau du COPA ».
En effet, le chef de la police allemande Kaltenbrunner le précise, dans son rapport du 29 juin 1943 : « Le bureau COPA, à Lyon, a été démantelé ».
- FIN AOUT 1943 : FRESNES « NN », DEPORTE A BUCHENWALD
Interrogé une dernière fois, le 18 juillet 1943, à Lyon, Bruno Larat est transféré à la prison de Fresnes, entre le 26 et le 30 août3 à la prison de Fresnes. La procédure « Nuit et Brouillard » lui est appliquée.
On pense qu’il est resté à Fresnes, jusqu’en décembre 1943, puis a été dirigé sur le camp de Royallieu près de Compiègne.
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29 janvier 1944, déporté, il arrive au camp de concentration de Buchenwald. Puis, le 9 mars, il fait partie du « transport » pour le kommando de Dora (camp annexe).
Les déportés y creusent, dans des conditions épouvantables, les tunnels qui serviront à la construction des bombes volantes V1 et V2.
Bruno Larat, affaibli par la prison, les interrogatoires « musclés », la malnutrition, le travail de forçat ne résiste pas à ces sévices.
Il entre au « Revier », infirmerie de Dora, le 30 mars, et meurt le 5 avril 1944, à 28 ans.
1Rapport d’Hervé Monjaret.
2A.N. avril 1942. Note n° 711/D-BCRAM/1-H.
3Lettre du 31 août à sa soeur Charlette (Archives communales de Romans)
Remerciements à la famille Blanchy-Larat, et au service des Archives communales de la ville de Romans (Drôme), ainsi qu’à Laurent Jacquot pour la carte des terrains d’atterrissage de la région.

