Portraits

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>André Lassagne

© Jacqueline Lassagne
André Lassagne
Adjoint de Joseph Gastaldo, chef du deuxième bureau de l'armée secrète
André Lassagne est né le 23 avril 1911, à Lyon.
Orphelin de père à l’âge de trois ans, il vit avec sa mère, brodeuse à domicile. En 1924, il est admis comme boursier en classe de Troisième, au lycée du Parc, à Lyon, où il obtient son baccalauréat littéraire (mention latin – langues et philosophie).
Après son service militaire, au 23e Régiment d’Infanterie Alpine où il est promu sous-lieutenant, il rentre à Lyon et s’inscrit à la faculté des Lettres. Différents métiers « gagne-pain » lui permettent de vivre, et il obtient, en 1932, une licence de lettres, enrichie de certificats d’italien.
Professeur au lycée Chateaubriand de Rome, en 1938, il enseigne l’italien jusqu’à la déclaration de guerre qui le mobilise sur le front des Alpes.
Décoré de la Croix de guerre, l’Armistice l’humilie profondément. Il est démobilisé le 18 août 1940.
Nommé professeur d’italien, à Lyon, au lycée du Parc, il prépare l’agrégation, tout en s’engageant dans la Résistance.
- PREMIERS FAITS DE RESISTANCE DES OCTOBRE 1940.
Il organise des opérations de type militaire : caches d’armes, de munitions, de matériel de transmission, filière d’évasion de prisonniers et passages par l’Espagne, reconnaissance de terrains d’opérations.
En 1941, il s’intéresse aussi à l’information dans la zone Sud, et, en juillet 1941, il signe le premier numéro de Libération, avec Raymond Samuel « Aubrac » et Jean Cavaillès.
- 1942, PARTICIPATION A LA MISSION REX (mission de Jean Moulin).
Des liaisons se créent entre les membres responsables du mouvement Libération, les groupes de résistants autour d’Henri Frenay, chef du mouvement Combat, et des chargés de mission de Londres, qui sont accueillis à Lyon.
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Dès août 1942, se réalise, peu à peu, la fusion des groupes paramilitaires des mouvements dans l’Armée Secrète (A.S.), sous la direction du général Delestraint « Vidal ».
Au printemps 1943, André Lassagne devient l’adjoint de Joseph Gastaldo, chef du deuxième bureau de l’AS. -
Au sein du mouvement Libération, dirigé par Emmanuel d’Astier de la Vigerie, Lassagne participe aux discussions autour du projet d’unité des mouvements.
Une coordination apparaît indispensable mais les relations entre les responsables, notamment entre Frenay et d’Astier, sont loin d’être sereines — tempéraments opposés, différends idéologiques, stratégies du pouvoir concurrentes.
- 21 JUIN 1943 : LE RENDEZ-VOUS DE CALUIRE.
André Lassagne, de cette « armée des ombres », passe, en cette fin d’année scolaire, les épreuves écrites de l’agrégation. Il est admissible : sa convocation aux épreuves orales arrive dans sa boîte aux lettres le 22 juin 1943.
Or, le 9 juin 1943, le général Delestraint, son aide de camp Jean-Louis Théobald et le colonel Gastaldo sont arrêtés à Paris. Jean Moulin « Max » doit réorganiser l’Armée Secrète décapitée, et confie à André Lassagne, lyonnais de souche, la responsabilité de trouver un lieu sûr pour cette réunion d’état-major prévue le 21 juin après-midi.
Il envisage Caluire, le domicile de son ami le docteur Dugoujon, place Castellane, lequel accepte lors d’un déjeuner, le dimanche 20 juin.
Le 21 juin, vers 13 H 30, André Lassagne va, à bicyclette, chercher Henri Aubry à l’arrêt du funiculaire, « la ficelle », de la place Croix-Paquet, à Lyon. Il est très surpris de voir René Hardy accompagnant Aubry, et s’étonne, lui signalant qu’il n’a pas été convoqué.
« Je n’ai pas l’intention de participer à la réunion. Je veux rencontrer Max brièvement pour une affaire concernant mon service FER. (sabotage des chemins de fer) »
Lassagne monte seul dans le premier funiculaire, disant aux deux hommes de prendre le second, puis le tramway 33 jusqu’à l’arrêt Place des Frères, à Caluire. Il parcourt le trajet du « tram » à bicyclette qu’il va ranger dans le jardin du cabinet médical, et retourne chercher Aubry et Hardy à l’arrêt précisé.
Marguerite, la bonne du médecin, les conduit, tous les trois, dans la chambre de l’étage où ils retrouvent le colonel Lacaze. Bientôt Bruno Larat, réorienté par le docteur, les rejoint. Le temps passe… personne n’arrive… les participants s’impatientent connaissant le souci d’exactitude de Moulin.
Vers 14 h 40... la Gestapo et ses sbires déboulent et investissent la villa Dugoujon… salle d’attente et premier étage. Hurlements, insultes, coups de poing et coups de crosse… les mains liées par les menottes, face au mur, fouillés, et tabassés : « une vraie scène de sauvagerie », d’après le colonel Lacaze. Le matraquage continue dans la pièce voisine, où Lassagne est « interrogé » à coups de pied de la table Henri II, arraché par Barbie. La violence se déchaîne. Plus d’une heure après, les voitures traction-avant Citroën les conduisent à « l’École de Santé militaire », le siège de la Gestapo lyonnaise.
- DE LA PRISON MONTLUC, A LYON, A LA PRISON DE FRESNES.
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23 août 1943, lettre d’André Lassagne à son ami Jean Lonjaret, à Lyon (extraits)
« Ici, la chaleur est étouffante. Sueur et bestioles [punaises] sans cesse ! Air à peu près irrespirable. Le moral est bon, mais les diverses bastonnades de mes interrogatoires lyonnais m’ont laissé douleurs internes très pénibles. […] Suivons avance russe. […] Vivement une action en France, c’est tuant de perdre son temps dans une tôle, alors qu’il y aurait tant à faire ! »
« Tenons à jour liste traîtres ou politiciens dégonflés. […] Je rappelle les demandes du bon prisonnier : aspirine, amadou, allumettes, cure-dents cachés, une ou deux aiguilles et quelques mètres de fils, papier à cigarette ordinaire pour fumer, et, de celui-ci pour écrire, mines à cacher, cachous, une vieille pipe de Jean. » 1.
Les mois de séjour à Fresnes, entrecoupés d’interrogatoires aboutissent au procès du 24 octobre 1943, face au Tribunal militaire allemand du Gross Paris où le juge Roskothen statue.
André Lassagne défend avec acharnement son ami Frédéric Dugoujon et le colonel Lacaze, tout en étant lui-même poursuivi pour « aide à l’ennemi et espionnage ».
Il est destiné à comparaître devant le tribunal du peuple de Breslau, en Allemagne.
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Le 30 janvier 1944, de sa cellule de Fresnes, André Lassagne écrit à Jean Lonjaret :
« Imagine ce que j’ai ressenti […] compte tenu des abîmes d’anxiété où je me morfondais à son sujet ? […] Sur le moment, j’ai cru défaillir. […] La liberté de Freddy [Frédéric Dugoujon], c’est plus que la mienne, et je nage dans la joie… »
J’étais grisé, brisé de trop de bonheur, […] des mirages de liberté qui miroitent dans mon désert. »2. - Le 2 février 1944, face à l’indignation du chef d’étage de Fresnes découvrant une inscription sur une gamelle « American Victory », André Lassagne écrit à Jean : « Je lui ai dit que c’était surtout l’Europe qui m’intéressait et qu’il y aurait sûrement un jour des États-Unis d’Europe ». « Das muss kommen », m’a répondu le gardien allemand de Fresnes (« Cela doit se faire »).
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9 MARS 1944 : ANDRE LASSAGNE PART POUR LES CAMPS.
« NACHT UND NEBEL »,
André Lassagne, devenu « NN » — Nuit et Brouillard — (en référence au décret Keitel de décembre 1941), doit disparaître sans laisser de traces, doit devenir un être dont on ne sait plus rien, sans existence légale, sous le numéro 87775.
Il part pour le camp de concentration du Struthof-Natzweiler, « l’enfer des Vosges », avec le général Delestraint, le colonel Gastaldo et Émile Schwarzfeld. Par un soir glacial, traités comme des bagnards, dévêtus, tondus, épilés, ils sont jetés nus dans la neige, devant la porte du « Revier : l'infirmerie » qui ne s’ouvrira qu’à 4 heures du matin.
Puis, c’est le camp de Brieg, en Silésie, où il reste en cellule, au secret. Envoyé ensuite dans la prison de Liegnitz, puis au camp de Gross-Rosen, toujours en Silésie, près de Breslau
détruite en partie par un bombardement.
Le travail, à Gross-Rosen, est épuisant… Chaque jour, André Lassagne s’affaiblit et, un soir, s’évanouit.
« On me jette sur un tas de cadavres. Je passe toute la nuit dans une fosse remplie de morts et réussit, au petit jour, à tromper l’attention de la sentinelle du haut du mirador, à soulever les camarades morts et à échapper au four crématoire. »3
« De Gross-Rosen, il est transféré à Leimeritz, du 8 au 12 janvier 1945, dans un wagon découvert, par un froid terrible. »4
André Lassagne « résiste » mais contracte une grave affection pulmonaire qui va altérer sa santé.L’horrible périple continue… André arrive au camp de Flossenburg, en Bohême, un des plus terribles ! (Sur 2 500 Français qui y sont passés, une centaine de rescapés seulement.) Il y séjourne trois mois.
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22 avril 1945, la Troisième armée américaine approche…
« Prévenu par un camarade tchèque que les détenus « NN » doivent être éliminés, je me faufile à l’infirmerie, j’ occupe la paillasse d’un Italien qui agonise et délire dans la langue de Dante. Cette ruse me sauve la vie. »5 - André Lassagne est libéré le 23 avril 1945. Il a 34 ans.

- 27 MAI 1945 : RETOUR A LYON. UNE MISSION : L’UNION EUROPEENNE
Le retour en France, le 27 mai 1945, est un miracle… Il faut conjuguer les soins au sanatorium et la reprise des études pour cette agrégation interrompue en juin 1943. Reçu second, il se consacre à la vie politique, entrant au Rassemblement du Peuple Français (R.P.F.) du général de Gaulle. Il devient :
– Conseiller municipal de Lyon.
– Vice-président du Conseil général du Rhône.
– Sénateur du Rhône en septembre 1948.
– Membre du Conseil de l’Europe.
Dorénavant une mission s’impose à ses yeux : la réconciliation dans une Union européenne, qu’il propose, lors d’un discours au Sénat, en 1949.
Vision d’exception, politique, morale, culturelle et économique, fondée sur une conscience européenne de solidarité vécue dans les camps nazis.
La vie lui sourit : André épouse Jacqueline et aura 4 enfants.
Épuisé par les camps, il meurt, entouré de sa famille et soutenu par son ami Frédéric Dugoujon, le 3 avril 1953.
1Feuillets clandestins de Fresnes, 08/07/1943-16/02/1944, André Lassagne, Ed. BGA Permezel, Lyon, 2005.
2Feuillets clandestins de Fresnes, 08/07/1943-16/02/1944, André Lassagne, Ed. BGA Permezel, Lyon, 2005.
3André Lassagne.
4André Lassagne.
5André Lassagne.

